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Pr C.Kénési

En 1968, huit jeunes chirurgiens parisiens décidèrent de travailler ensemble, aux motifs suivants : "Nous sommes tous à la charnière entre l'internat et les concours hospitaliers. Nous sommes déjà assez vieux pour pouvoir discuter avec nos patrons, et encore assez jeunes pour ne pas avoir de grande haine entre nous. Cela ne va pas durer. L'avenir devait nous donner tort, car, plus de 30 ans après, notre amitié est intacte.
Nous avions choisi un sujet qui commençait à faire parler de lui : la prothèse du genou. Il n'existait de par le monde que trois modèles de prothèse à charnière. Leurs promoteurs étaient très réservés : les résultats étaient médiocres, les accidents, catastrophiques. Nous avons donc dessiné un modèle plus petit, plus facile à poser, nécessitant une résection osseuse plus économique, permettant une flexion dépassant largement l'angle droit et un geste sur la rotule.

La position très postérieure de l'axe permettait une flexion et une course rotulienne plus physiologiques. Après concertation avec nos maîtres, après une pré-série de vingt prothèses, que nous avons posées entre nous, la commercialisation a été lancée. Nous pensions qu'elle serait diffusée à quelques dizaines, peut être quelques centaines d'exemplaires. A notre grande surprise, des dizaines de milliers de prothèses ont été posées de par le monde en une dizaine d'années. Une firme américaine l'a copiée servilement, et le nom du GUEPAR (Groupe pour l'Utilisation et l'Etude des Prothèses ARticulaires ) connut une célébrité imprévue.

Le temps passant, sont apparus les défauts inhérents à toutes les prothèses à charnières scellées : accidents généraux après scellements sous pression, descellements aseptiques, douleurs et subluxations rotuliennes.Les modifications apportées plus tard n'y ont pas changé grand'chose. Ce système a été conservé pour le dessin des grandes prothèses de résection tumorales.

Depuis, le groupe a évolué harmonieusement : ses effectifs ont augmenté très lentement car nous tenons à
lui conserver son caractère convivial, et notre nombre ne dépasse pas 25.

Nous avons accompagné l'évolution générale des prothèses du genou : en 1974 : prothèse unicompartimentale Lotus, une des premières à appui tibial purement cortical, 1978 : prothèse tricompartimentale Kali, puis, en 1990, ,la prothèse tricompartimentale Wallaby avec ses trois variantes, avec ou sans conservation du croisé postérieur ; prothèse Wallaby III de reprise .Et nous étudions actuellement les plateaux mobiles.

D'autres matériels sont venus enrichir notre collection, prothèse totale coude, puis prothèse de tête radiale, ou la prothèse trapézométacarpienne. Les prothèses humérale simple ou totale d'épaule, et de cheville sont actuellement en cours d’évaluation. Seule la hanche échappe jusqu'alors à la voracité du Guépar : il y a bien d'autres équipes qui travaillent sur le question.

Non seulement nous tentons de concevoir de nouveaux modèles mais encore nous nous efforçons de mettre en commun nos observations et de les étudier avec la même rigueur.
Les plus anciens d'entre nous arrivent à la retraite, mais sans angoisse : ils sont toujours bien accueillis dans le groupe et leurs successeurs assurent une relève pleine de promesses.

Pr C.Kénési

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